Blog de Bouaziz Ait Chebib

Blog de Bouaziz Ait-Chebib


Biographie

Originaire d’Akbil (Aqvil), Bouaziz Ait-Chebib est issu d’une famille installée depuis plusieurs générations dans un petit village, At Waggur (At Ouaggour), situé entre At Mislaine et At Laziz.

Comme beaucoup de kabyles de sa génération, il grandit dans une famille kabyle classique, imprégnée d’un engagement farouche en faveur de la liberté qui constitue une valeur intrinsèque à la Kabylie : D’abord, son père qui a pris les armes contre le colonialisme français et qui passe 3 ans dans les geôles françaises à subir les affres de la torture ; puis deux de ses grands frères qui ont très activement participé au printemps de 1980.
Le père Ait-Chebib avait d’ailleurs été convoqué par la gendarmerie de Tassaft pour « tenir ses enfants » et les empêcher de participer au printemps Amazighs de 1980. Ne se laissant pas démonter, l’ancien maquisard « envoie paître » les gendarmes et leur déclare : « je n’ai pas fui face au colonialisme français, ce n’est pas moi qui vais demander aujourd’hui à mes enfants de renoncer à défendre leur liberté, leurs droits et leur identité ».

Bouaziz Ait Chebib est né après l’indépendance algérienne, le 23 février 1973 à Ait Saâda, dans la commune de Yatafène. Très jeune, il ne retient de cette indépendance qu’un profond sentiment d’injustice et une insupportable trahison du sacrifice de la Kabylie. Comme la plupart des kabyles des générations post indépendantes, il vit « l’Algérie arabe » comme une humiliation et une haute trahison du sacrifice énorme auquel a consenti la Kabylie. La négation identitaire et l’arabisation forcée sont vécues comme des actes d’agressions coloniales.

Imprégné du discours ambiant de la maisonnée familiale et des chants révolutionnaire de Kabylie de Ferhat Mehenni qui tournaient en boucle dans la maison familiale, il considère très tôt que « les kabyles sont passés, sans transition, de l’Algérie française à l’Algérie arabe en gardant le même statut d’indigènes ». C’est donc très tôt qu’il saisit l’ampleur de l'impitoyable guerre menée contre la Kabylie, contre sa langue et son identité. Dans son parcours militant, c’est l’Académie Berbère qui a marqué en premier sa plus tendre jeunesse. L’Académie berbère c’était le drapeau amazigh, les Tifinagh que les jeunes se passaient sous le manteau, la lutte pour la réhabilitation de la langue, de la culture et de l’identité amazighe.

Habité par un profond sentiment de révolte, c’est à l’âge de 8 ans qu’il apprend seul les Tifinagh en se procurant les revues clandestines de l’Académie Berbère. Cet apprentissage a constitué sa première action militante qui le prédestinait à être, plus tard, le plus jeune enseignant de Tamazigh. En effet, en 1990 il était, à l’âge de 17 ans, le plus jeune enseignant de Tamazight et donnait ses cours dans le cadre l’association culturelle « DJERDJER ».

A peine entré dans l’adolescence, il découvre un livre qui le marquera à jamais, le livre de Muhend Arab Bessaoud : « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu ». Ce livre lui a brutalement fait prendre conscience de l’ampleur de l’injustice que l’on faisait subir à la Kabylie et ce titre, devenu une expression célèbre dans les milieux militants kabyles, s’est gravée très tôt dans sa mémoire. Le jeune Bouaziz est fasciné par Muhend Arab Bessaoud, cet ancien maquisard qui avait combattu la France, puis l’armée des frontières en 1963 et qui s’était donné corps et âme pour la défense de l’identité amazighe contre l’usurpation arabo-islamiste.

A l’âge de 12 ans, le 29 mars 1985, alors qu’un hommage au Colonel Amirouche devait être rendu dans sa commune par l’association des enfants de maquisard, dénommée « Itri », tout le village chuchote discrètement que Ferhat Mehenni, lui-même enfant de martyr, devait venir animer un gala. Le régime algérien, qui avait eu vent de la présence de l’indésirable fils de martyr, avait fait une intense campagne de dissuasion en faisant courir la rumeur qu’il y aurait des arrestations massives contre tous ceux qui se rendraient au gala de ce fils de martyr qui avait « mal tourné ».

C’est à ce moment que le jeune Bouaziz redécouvre à nouveau les chants révolutionnaires de Ferhat Imazigjhen Imula qui avaient déjà bercé son enfance, mais cette fois il en saisissait pleinement le sens : « 20 sna di lƐerm-is », « Tizi-bwassa », « ilik ibaƐtiyen », « nnif d lherma », ou encore la mythique « Aqcic d uƐettar » ; autant de titres qui ont bouleversé l’adolescent et qui ont grandement contribué à son engagement militant en faveur de la démocratie et de l’identité amazighe qui était, à cette époque, indissociables. C’était le temps du parti unique, et l’on entendait beaucoup parler de Ferhat Imazighen Imula, qui sillonnait la Kabylie avec sa guitare, ses cassettes circulaient sous le manteau, tout comme l’alphabet Tifinagh et tout un tas de petits documents sur Massinissa, Jugurtha, et surtout les paroles des chansons kabyles engagées.

Passant toute sa scolarité en Kabylie, de l’école primaire au Lycée, c’est avec tout cela que Bouaziz Ait-Chebib grandit et se construit. Il évolue d’abord dans une filière mathématique avant de se reconvertir vers la filière scientifique pour obtenir en 1993, un BAC science. Puis il va sur Alger pour y poursuivre des études supérieures en sciences politiques à l’Université d’Alger où il obtient sa licence en 1998. C’est là-bas qu’en 2005, il passe et obtient un Diplôme d’études supérieures en management. Cependant, son parcours scolaire et universitaire reste marqué par un engagement permanent dans le militantisme qui est, au final, assez représentatif de l'évolution du combat politique kabyle. Celui-ci s'était, au départ, appuyé sur une vision démocratique globale où l'objectif était de faire prendre conscience à l'ensemble des algériens la nécessité d'une Algérie plurielle, respectueuse de toutes les composantes culturelles, linguistiques et identitaires qui la composaient et où l’identité amazighe aurait toute sa place.

Comme la plupart des Kabyles de sa génération, il milite au sein du MCB (Mouvement Culturel Berbère), puis à l’âge de 16 ans, alors qu’il est encore mineur, il adhère au parti politique considéré comme kabyle : le RCD, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie. Les jeunes militants kabyles avaient à l’époque deux choix possibles : adhérer au FFS ou au RCD. Bouaziz, issu de la génération d’après-guerre et fortement imprégné de l’Académie berbère et des chants révolutionnaires de Ferhat imazighen Imula qui faisait alors vibrer la Kabylie, opte sans hésiter pour le RCD mais il finit par le quitter en 1995 estimant que le parti commençait à « normaliser » un peu trop ses rapports avec l’Etat algérien qui demeurait, quant à lui, toujours aussi raciste envers les kabyles.

L’avènement du RCD divise profondément le MCB entre les deux partis kabyles : le FFS et le RCD . Bouaziz Ait-Chebib intègre le MCB Coordination Nationale (proche du RCD) où il occupe alors deux postes durant l’année du Boycott scolaire. Etant étudiant kabyle à Alger, il est élu vice-président du bureau d’Alger et président de la coordination des étudiants amazighs durant l'action héroïque du boycott scolaire où il a été l'un des rarissimes étudiants kabyles à avoir boycotté l'année universitaire 94/95 en dehors de la Kabylie. C’est durant cette année de boycott scolaire que Bouaziz Ait Chebib avait fait la connaissance du grand militant Said El Hadj Djilali, décédé en 1997 dans un accident de circulation que d’aucuns disent « suspect ». Ce grand militant qui lui était très proche était considéré par le jeune militant, comme un grand frère qui lui a servi d'exemple. Said El Hadj Djilali était aussi l'homme de confiance de Ferhat Mehenni avec qui il entretenait des relations étroites et privilégiées, des relations de confiance absolue.

Enfin, estimant indignes les entourloupes du RCD contre Ferhat Mehenni, dont il n’avait jamais douté de la sincérité et de l’engagement, Bouaziz Ait-Chebin crée avec F. Mehenni et d’autres militants kabyles, le MCB Rassemblement national avant d’être à nouveau élu président du bureau d’Alger et chargé de l’organique dans la direction nationale.

C’est ainsi qu’en 1996, il avait été l'initiateur du comité algérois pour le boycott du référendum relatif à la révision constitutionnelle, (CABR) où il avait réussi l’exploit de regrouper les trois tendances du MCB dans une réunion qui s'était soldée par un appel au boycott commun et une grève générale le jour du référendum qui fut une réussite tant il était difficile de réunir les 3 tendances du MCB.

Bouaziz Ait-Chebib faisait déjà preuve d’un grand sens du dialogue et des responsabilités qui l’amènera quelques années plus tard à être un responsable important du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie avant d’en devenir le président.

Puis 2001 arrive, c’est le printemps noir. La Kabylie, gravement agressée par l’Etat algérien, réactive ses structures socio-politiques ancestrales et fait front à travers les Aârchs. Le 5 juin 2001, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) est créé et Bouaziz Ait-Chebib en est le responsable organique. Le Mouvement adopte alors une attitude de soutien au mouvement citoyen des Aârchs mais il ne partage pas ses options algérianistes et estime que la plate-forme d’El Kseur était abusivement qualifiée de « nationale » alors que les revendications qui y étaient inscrites ne dépassaient pas les limites géographiques naturelles du pays kabyle qui, du reste, faisait face seul à la féroce répression du régime algérien, et dans une totale indifférence algérienne.

Mais, face à la gravité de la situation, et pour favoriser la cohésion kabyle, le MAK soutient le mouvement des Aârchs et estime que l’heure est à l’urgence tout en sachant d’avance que la démarche algérianiste ne peut pas aboutir. Le fossé entre la Kabylie et le reste de l’Algérie est déjà immense mais l’absence totale de solidarité des algériens face à l’assassinat des jeunes kabyles alors qu’au même moment, ils manifestaient à Alger leur solidarité sans condition avec leurs « frères palestiniens », puis le lynchage des manifestants kabyles à Alger le 14 juin 2001, sont venus achever la rupture déjà engagée par Bouaziz Ait-Chebib avec les réflexes nationalistes algériens et l’ont définitivement conforté dans la nécessite de mener un combat exclusivement Kabyle.

Aujourd’hui, il se définit avant tout comme un citoyen et un militant kabyle. Il est âgé de 41 ans et est membre de la direction du MAK depuis sa création en 2001. En décembre 2011, au second congrès du MAK, il est élu président du Mouvement et y consacre depuis toute son énergie, sillonnant inlassablement la Kabylie pour faire connaitre et expliquer le projet d’autodétermination pour la Kabylie. Il rencontre une écoute de plus en plus attentive et intéressée, en particulier de la part des jeunes générations.

La dernière manifestation du 27 avril 2014 apporte la mesure du chemin parcouru depuis 2001 et met en évidence l’adhésion, de plus en plus manifeste, de la Kabylie à son autodétermination. Il a fallu beaucoup de conviction, de courage et d’abnégation pour en arriver là. Bouaziz Ait-Chebib y a grandement contribué. Il est très apprécié par la base militante pour sa constance, son discours franc et sans détour ainsi que la maitrise parfaite qu’il a de la langue kabyle qu’il emploie systématiquement dans toutes ses allocutions publiques.


Interview à Tamazgha.fr le 16 Mars 2016

Tamazgha.fr : Quinze ans après la création du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), quel bilan faites-vous de l’action de votre mouvement ? Et quelles sont les réalisations concrètes ? Qu’a-t-il apporté de concret pour la Kabylie ?

Bouaziz Aït-Chebib : Le bilan de l’action du MAK est d’une valeur aussi évidente qu’inestimable pour la Kabylie. Notre Mouvement a en effet brisé le plus important des tabous en induisant la prise de conscience massive que les Kabyles constituent un peuple et une nation à part entière. Cela est la plus importante œuvre concrète du MAK. Celle-ci est d’autant plus significative qu’elle concerne dans son écrasante majorité la jeunesse kabyle, c’est-à-dire l’avenir de la Kabylie.

Ensuite, si, à son grand dam, l’Etat algérien l’a très bien compris, certains Kabyles ne le réalisent peut-être pas encore. Mais en quinze ans justement, ce qui est très peu à l’échelle de l’histoire des décolonisations, le MAK a réussi à dépasser plus de soixante années d’un militantisme exclusivement kabyle qui tentait de réaliser des objectifs utopiques, à savoir la démocratisation de l’Algérie toute entière et la décolonisation totale, et d’un seul coup, de Tamazgha, de l’oasis de Siwa au Lac Tchad, de la Méditerranée à l’océan atlantique, soit un territoire immense et extrêmement diversifié bien que partageant le socle commun de l’Amazighité.

Or, après que les Kabyles aient lutté seuls des dizaines d’années pour faire partager à tous les Algériens la quête essentielle de la démocratie, de la laïcité, du progrès, dans la pleine acceptation des diversités, il s’est avéré qu’à la première ouverture "démocratique" algérienne, c’est l’Algérie toute entière qui a voté pour une "république islamique" sous la houlette du FIS, pendant qu’à contrario seule la Kabylie se distinguait en votant très massivement contre la république islamique.

Quant à la lutte des peuples amazighs tous unis, et debout comme un seul homme, pour aller libérer Tamazgha, la lutte des Amazighs Touaregs est consacrée à l’indépendance de l’Azawad, celle des Amazighs Canariens est pour les Iles Canaries, celles des Rifains est pour le Rif, celle des Amazighs de Libye en est encore à vouloir démocratiser la Libye, tout cela nous montre bien que les Kabyles sont les seuls incorrigibles utopistes, puisque tous ont circonscrit leur action de libération à leur propre territoire, les Touaregs n’ont pas entrepris d’aller libérer Tamazgha de l’oasis de Siwa au Lac Tchad, les Libyens non plus, les Canariens non plus et les Rifains non plus… En revanche, si chaque peuple amazigh entreprend de reconquérir son territoire, à ce moment-là nous pourrons bâtir l’Afrique du Nord des peuples libres.

Enfin, au vu des expériences malheureuses, et pour le moins décevantes, des formations politiques à base kabyle, il n’est pas inutile de préciser que le MAK a réussi un autre exploit : celui de redonner confiance au peuple kabyle. En effet, après mille et une trahisons, le peuple kabyle s’investit de nouveau dans le combat politique pour la Kabylie. Et croyez-moi, vu l’ampleur des dégâts, la tâche n’a pas été une mince affaire. Redonner confiance au peuple kabyle dans la lutte politique pour sa propre émancipation est une action concrète et indispensable que le MAK a réalisée seul, envers et contre tout. Le MAK a posé les jalons de la libération du peuple kabyle. Celle-ci est désormais prise à bras le corps par une large majorité de la jeunesse kabyle. Je vous invite à visionner les vidéos des marches populaires du MAK où des milliers de jeunes assument pleinement et ouvertement leur combat pour la libération de la Kabylie.

Le MAK a mis Kabylie sur les rails de sa propre libération, voilà ce que le MAK a apporté de concret pour la Kabylie, et en ce sens le MAK a déjà gagné, il a accompli sa principale et plus importante mission.

Quelle est la réalité de votre implantation en Kabylie ? Comment fonctionnent vos sections locales ? Combien de militants compte votre mouvement aujourd’hui ?

La réalité de notre implantation en Kabylie se manifeste à travers les créations incessantes de sections locales sur la quasi-totalité du territoire kabyle. Si vous aviez suivi le rythme des mises en place des sections du MAK à Bgayet, Tubirett, Tizi-Wezzu, Bumerdas, Buṛǧ Buɛṛaṛiǧ, Seṭṭif... [3] vous vous en seriez certainement rendu compte. Par ailleurs, depuis le congrès constitutif de 2007, nous avons fait de l’université le bastion du MAK. Avec la mise en place de nos trois Conseils universitaires à l’Université Mohand Oulhadj de Tubirett, l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Wezzu et à l’Université Abderahmane Mira de Bgayet, la communauté estudiantine kabyle est fortement impliquée dans le MAK, au grand dam de tous ceux qui cherchent à normaliser l’Université kabyle.

Cette réalité-là n’a d’ailleurs pas échappé à l’Etat algérien. Ce n’est pas pour rien que les forces répressives algériennes ont quadrillé la Kabylie le jour de notre troisième congrès. Et ce n’est pas non plus pour rien que le Préfet de Tizi-Wezzu et les responsables des services de police et de gendarmerie ont subi le courroux du patron du nouveau DRS algérien, Athmane Tartag, qui leur a administré un blâme en leur promettant de sévères sanctions pour avoir échoué dans leur mission. Il me semble que quand une organisation politique est insignifiante, on ne se donne pas tant de peine pour empêcher la tenue de son congrès. Quant à la manière dont fonctionnent nos sections locales et le nombre exacte de nos militants, vous pensez bien que l’Etat algérien voudrait justement le savoir, vous comprendrez donc que je ne réponde pas à cette question. Mais visiblement, notre potentiel militant semble être suffisamment conséquent pour inquiéter le régime colonial algérien au point de mettre la Kabylie quasiment sous état de siège rien que pour empêcher notre troisième congrès.
Contrairement à la désinformation propagée par nos ennemis et détracteurs, et avec tous les moyens dont ils disposent, au vu du marasme économique et sécuritaire, au vu de la grave crise de confiance, au vu de toutes les "catastrophes" qui sévissent en Kabylie, le MAK avance à pas de géant sur le terrain. Nous défions n’importe quelle organisation politique, qu’elle soit kabyle ou étatique, d’aligner ne serait-ce qu’une centaine de militants, et encore moins de mobiliser en Kabylie comme nous le faisons, à moins de remplir des bus venus d’ailleurs et de mobiliser les militants et les fonctionnaires des "partenaires" de circonstances issus du FLN, du RND, du Hamas etc., comme cela s’est déjà produit.

Vous avez récemment évolué vers l’autodétermination abandonnant ainsi l’idée de l’autonomie dans le cadre de l’Etat algérien. Pouvez-vous expliciter cette évolution ?

Cette évolution est à placer dans un cadre stratégique. L’autonomie que nous prônions dans un premier temps a permis la réémergence du nationalisme et du patriotisme kabyles, elle est néanmoins considérée comme une affaire interne aux Etats. Par conséquent, la revendication d’un statut d’autonomie, qui ne relève pas du droit international, maintient la Kabylie dans un huis-clos avec l’Etat algérien. Or, celui-ci étant atteint d’un autisme incurable, la seule manière d’impliquer les instances et la communauté internationales, c’est évidemment de se conformer aux textes des Nations unies, et par la même occasion confronter ces mêmes instances à leurs propres lois. L’autodétermination est la colonne vertébrale des traités, des conventions et des chartes de l’ONU relatifs aux droits des peuples.

L’autodétermination a un autre avantage par rapport à la situation kabyle, que ce soit au sein du MAK ou dans la mouvance kabyliste de manière plus générale, elle a l’avantage non négligeable de n’exclure ni l’autonomie ni l’indépendance qui restent des options parmi d’autres. Les deux options citées sont majoritaires chez les militants kabyles. Elles se complètent et convergent toutes les deux vers l’avènement d’un Etat kabyle. Alors, au lieu qu’il y ait confrontation entre les deux visions, il était vital de les rassembler autour d’un objectif commun à savoir l’autodétermination de la Kabylie. Et au final le dernier mot revient au peuple kabyle dans sa totalité. C’est lui qui décidera par lui-même, et par voie référendaire, du mode de gouvernance qui lui convient le mieux. Il ne peut y avoir de démarche plus démocratique et plus respectueuse de la volonté du peuple kabyle, avec en prime la garantie du droit international, du moins dans ses principes juridiques.

Avec cette démarche, nous sommes dans le respect du libre choix, de la démocratie et du droit international. C’est une voie royale et totalement irréprochable... Les partisans de l’indépendance, de l’autonomie ou du statut particulier ne peuvent que se retrouver dans la lutte pour l’autodétermination de la Kabylie défendue par le MAK. Personne ne peut dire que nous imposons quoi que ce soit puisque la décision finale, et souveraine, reviendra au peuple kabyle tout entier. L’heure est au dialogue et à la concertation avec tous les acteurs politiques kabyles qui luttent sincèrement pour la Kabylie et qui assument pleinement et publiquement leur volonté de bâtir une Kabylie libre et unie. L’autodétermination, c’est donner le choix et la parole au peuple kabyle pour exprimer le mode de gouvernance qu’il souhaite. Aucun kabyle sincère ne peut s’y opposer à moins d’avoir peur de sa réponse et de chercher, par conséquent, à le museler.

Comment expliquez-vous que le MAK n’a pas su mobiliser l’"élite" kabyle ?

Tout d’abord, le MAK cherche à mobiliser toutes les franges du peuple kabyle et pas seulement l’élite que vous faites d’ailleurs bien de mettre entre guillemets. Par ailleurs, je ne connais aucune organisation de par le monde qui mobilise toute l’élite de sa société. En revanche, contrairement à ce que vous semblez affirmer, le MAK a su mobiliser l’élite qui partage son combat sincère pour la Kabylie, à l’image par exemple de Younes Adli qui s’est engagé à présider le Conseil national kabyle ou encore le sculpteur Olivier Graine qui a façonné la statue de Mouloud Mammeri, le Professeur Salem Chaker qui a déjà salué les avancées du MAK... Par contre, il est évident que le MAK ne peut pas mobiliser ceux qui sont hostiles à l’idée d’un Etat kabyle.
Aujourd’hui, tout le monde constate que dans la composante humaine du MAK, les universitaires et les étudiants sont fortement présents, cela dénote que votre constat ne concerne pas l’élite kabyle dans sa totalité mais uniquement un certain nombre de personnages connus dans le monde de la presse. Et fort heureusement, l’élite kabyle ne se résume pas aux personnages publics. Du reste les élites "célèbres" ne sont pas connues pour être particulièrement engagées. A titre d’exemple, lors du Printemps amazigh de 1980, l’élite kabyle en faveur de Tamazight était pour le moins discrète, ce qui peut être compréhensible évidemment. Par contre le Printemps amazigh et le MCB (Mouvement culturel berbère) avaient trouvé en Kateb Yacine, un non kabyle, l’un de ses plus courageux défenseurs, comme le MAK et le GPK trouvent aujourd’hui en Boualem Sensal, encore un non kabyle, l’un de ses plus courageux défenseurs et il l’a encore publiquement réaffirmé tout récemment. Enfin, la Kabylie est riche de sa jeunesse instruite et tout le monde s’accorde à affirmer que le MAK est justement formé de cette frange de la société et c’est justement elle qui constitue le vrai moteur de changement dans toutes les sociétés du monde.

Pourriez-vous éclairer nos lecteurs sur la stratégie du MAK qui met en exergue le symbolique et si peu le fond ? (Drapeau Kabyle, carte d’identité,…). N’est-ce pas là factice sachant que le pouvoir engage sur le territoire Kabyle sa pénétration islamiste ?

Il me semble que sur le fond je vous ai déjà répondu dès la première question. Maintenant si vous considérez que le drapeau, la carte d’identité ne relèvent que de la symbolique "factice", je vous invite à évaluer les effets du drapeau amazigh, créé par Mohand Arav Bessaoud, sur la quasi-totalité des peuples amazighs. Le drapeau kabyle, la carte d’identité, l’Anavad ce sont là les jalons du futur Etat kabyle qui se met en place. Si cette symbolique était factice comme vous l’affirmez, le MAK ne serait pas la seule organisation politique en Kabylie à être systématiquement réprimée, la Kabylie ne serait pas mise sous Etat de siège pour empêcher le congrès du MAK, les militants et les citoyens kabyles ne seraient pas arrêtés pour la seule raison de détenir l’emblème kabyle. C’est à cause de la carte d’identité kabyle que mon domicile a été perquisitionné par les services coloniaux algériens. Mais vous n’êtes probablement pas au courant de tout cela.

Quant à la lutte contre l’islamisme, il y a lieu de préciser que l’islamisme est sciemment installé et protégé par l’Etat algérien. Les symboles factices comme vous dites visent aussi à préserver l’identité spécifique de la Kabylie en l’éloignant au maximum des attributs islamistes grassement sponsorisés par l’Etat algérien. Les armoiries que nous avons mis en place constituent à la fois des repères et des remparts contre le déracinement, la manipulation et la substitution identitaire.

Ensuite face aux tentatives de salafisation de la Kabylie, le MAK n’est pas resté bras croisés. A ma connaissance, il n’y a que le MAK qui sillonne la Kabylie, dans les villages et dans les villes, au plus près du peuple kabyle, pour apporter la contradiction à la normalisation et à la salafisation de la société kabyle. Ce sont les militants du MAK qui ont organisé le déjeuner public du 3 août 2013, en plein ramadan, pour défendre la liberté de culte et de conscience, ce sont les militants du MAK qui soutiennent activement les victimes de l’inquisition. Et ce sont encore les militants du MAK qui ont humilié le premier ministre algérien, le KDS [4] Sellal, à l’enterrement d’Aït Ahmed ou encore le bachagha [5] Ould Ali Lhadi [6] à Tawrit Musa [7]. Ce sont les militants du MAK qui ont hissé des dizaines et des dizaines de fois le drapeau kabyle dans les villages, les écoles primaires, à l’université etc.

Et c’est encore le MAK qui a animé des dizaines de meetings pour sensibiliser contre la dépersonnalisation de la Kabylie et défendre sa laïcité ancestrale. Donc, le MAK ne se contente pas de la symbolique "factice", le MAK est omniprésent sur des questions de fond et c’est sur le terrain que cela se passe, au mépris de tous les dangers que cela implique. Maintenant s’il y a des gens qui attendent du MAK qu’il passe à la confrontation physique avec les islamistes, je les invite à montrer l’exemple. Pour notre part, nous ne sommes pas prêts à risquer inutilement la vie de nos militants, ils sont déjà suffisamment exposés. Que ceux qui prétendent nous faire la leçon sur ce que nous devons faire ou ne pas faire, mettent en application la stratégie qu’ils exigent du MAK.

L’objectif du MAK est que la Kabylie retrouve sa souveraineté. Pourquoi alors ne pas favoriser des actions de défiance et de désobéissance civile ?

Tout d’abord, le MAK en tant que structure est en désobéissance civile permanente. Le MAK a organisé des votes pour l’élection du drapeau kabyle dans les villages de Kabylie, des meetings et des rassemblements suivis de lever de l’emblème kabyle au nez et à la barbe des services répressifs algériens, des actions de rue sans demander aucune autorisation, un déjeuner public en plein ramadan, un congrès sous état de siège, alors si tout cela ce n’est pas de la défiance, je me demande bien comment on pourrait définir ces actions.
Nous avons même obligé des ministres algériens à rebrousser chemin et quand ils sont venus soi-disant se recueillir sur la mémoire du grand chanteur Taleb Rabah, ils ont été obligés de passer sous les drapeaux kabyles et amazighs que le MAK a fait flotter au-dessus de leur tête. Ils n’ont pas bronché ni osé les retirer. C’est la pire des gifles que puisse recevoir un Etat colonial, et cela c’est le MAK qui l’a fait et personne d’autre. Alors en termes de défiance, je crois que personne ne peut être à la hauteur du MAK en Kabylie.

Maintenant si votre propos est d’engager la totalité du peuple kabyle dans des actes de défiance et de désobéissance civile, je vous répondrais juste que le MAK est un Mouvement responsable qui n’entend pas mettre inutilement en difficulté la société kabyle qui croule déjà sous toutes sortes de difficultés.

Quels sont les liens entre le MAK qui mène la lutte sur le terrain en Kabylie et ses structures qui le représentent à l’extérieur ?

Ce sont des liens de complémentarité. Nos structures à l’étranger prolongent l’action du MAK en dehors de la Kabylie. Le rôle du MAK est le terrain, le rôle du Gouvernement provisoire en exil est une action diplomatique qui vise à plaider la cause légitime du peuple kabyle à sa propre existence, comme cela a déjà été fait au Parlement européen, à l’ONU, en Amérique, au Canada, en France, en Allemagne etc., celui de nos Réseaux militants est de porter la voix de la Kabylie souveraine à l’extérieur et d’organiser la diaspora. Les liens entre l’intérieur et l’extérieur sont soudés autour de la même cause, celle de la souveraineté du peuple kabyle, ayant chacun des rôles et des prérogatives parfaitement définies.

Le 26 février 2016, vous avez organisé le troisième congrès du MAK. Pouvez-vous nous résumer les principales décisions, conclusions et recommandations du congrès ?

Les congressistes, après réflexion et débats sur les besoins et l’orientation politique du Mouvement, ont arrêté un certain nombre de résolutions applicables et exécutoires jusqu’au prochain congrès. Je peux par exemple vous dire que le troisième congrès du MAK a inscrit l’exigence historique et naturelle de l’instauration d’un État kabyle démocratique, laïc et social dans le cadre du droit des peuples à l’autodétermination, un droit par lequel chaque peuple est en droit de choisir librement le statut politique qui lui sied.

Je peux aussi vous citer le rejet des échéances électorales algériennes jusqu’au référendum d’autodétermination, ou encore le renforcement des liens avec l’ensemble des peuples amazighs d’Afrique du nord pour créer une synergie à l’effet d’encourager la fondation de gouvernements provisoires respectifs et travailler en collaboration avec la Kabylie pour accéder au droit à l’autodétermination et reconfigurer ainsi l’espace nord-africain foncièrement amazigh ; la création d’une Ligue kabyle des droits de l’Homme, toutes les autres étant totalement défaillantes en ce qui concerne la défense des droits du peuple kabyle et des autres peuples amazighs, tels que les Mozabites par exemple qui vivent une situation dramatiquement désastreuse ; la réhabilitation et la modernisation des structures démocratiques ancestrales de la Kabylie en redonnant par exemple toute sa place à la femme kabyle, qui doit être égale en droits et en devoirs, au même titre que l’homme kabyle, vis-à-vis du peuple et de la nation kabyles, la mise en place d’un parlement kabyle sur le terrain afin de renforcer l’action du Gouvernement provisoire kabyle (GPK) en exil dans le but de réunir les conditions nécessaires à la proclamation de l’Etat kabyle...
Voilà un petit aperçu des résolutions et recommandations du troisième congrès, mais il y en a plusieurs autres. Le procès-verbal ayant sanctionné les travaux du troisième congrès a été rendu public.

Cependant, il y a lieu de signaler que la réflexion et le débat au niveau du MAK ne se limitent pas aux congrès. Ils sont ancrés dans ses mœurs politiques et c’est ce qui lui permet d’avancer malgré tout ce qu’il subit comme obstacle et répression.

Pour un troisième congrès seulement en quinze ans, ne pensez-vous pas qu’une petite journée semble trop courte pour un mouvement aussi ambitieux que le vôtre ?
Pensez-vous qu’il est possible de travailler correctement et sortir avec des résolutions et recommandations à la hauteur des aspirations du peuple kabyle en un temps aussi court ? Car en général les organisations qui font leurs congrès tous les ans, elles s’offrent trois ou quatre jours de travaux…

Pour paraphraser l’illustre Amusnaw kabyle Dda Lmululd : "Win ittruzun asalu iteddu akken yufa mačči akken yebɣa".
Le MAK est un mouvement démocratique qui s’est doté d’instances permanentes dans lesquelles la concertation et le débat sont les maîtres-mots.
Il a tenu son congrès constitutif en 2007 et depuis, il s’organise en congrès tous les 4 ans conformément à ses statuts et aux règles qui régissent une grande majorité d’organisations politiques dans le monde.
Entre deux congrès, des conventions, des conférences de cadres, des rencontres internes, des universités d’été, des réunions d’instances se déroulent de façon régulière afin de débattre de l’évolution du combat du peuple kabyle.

Pour revenir au troisième congrès, le MAK n’a pas les moyens des partis politiques qui peuvent se permettre un congrès de trois jours dans de grands hôtels avec des subsides prélevés du trésor public de l’Etat algérien que nous ne reconnaissons pas. Si comme le chuchotent certains, nous sommes financés par le Maroc et Israël, nous aurions pu organiser cet événement historique dans un hôtel de luxe effectivement. Mais comme ce n’est pas le cas, nous avons organisé notre congrès dans un garage en béton généreusement octroyé par un humble citoyen kabyle dévoué à sa patrie et pour nous c’est mieux que le Hilton, c’est le plus beau et le plus significatif des lieux. A ce propos, je ne remercierais jamais assez le village d’At Zellal qui a accueilli notre congrès malgré les pressions et les intimidations dont il a été l’objet.
Ensuite, il n’y a pas que l’aspect financier qui nous empêche de tenir un congrès de trois jours, il y a aussi l’aspect sécuritaire. L’Etat algérien a tout fait pour découvrir le lieu de notre congrès et malheureusement pour lui, il n’a pu le savoir que le jour-même. Ses policiers et ses gendarmes ont dressé mille et un barrages pour intercepter nos congressistes. Ils ont empêché plus de 200 mais 843 sont tout de même arrivés à bon port au grand dam des services répressifs algériens en Kabylie, et ils ont été sanctionnés pour ça.
Le MAK est un mouvement pacifique certes, mais il est révolutionnaire et travaille à libérer la Kabylie du colonialisme de l’Algérie arabo-islamique, par conséquent toutes actions d’envergure doivent être mûrement réfléchies. Un congrès de trois jours ne peut pas se tenir au grand jour à moins d’être dans le giron de l’Etat algérien.
Nous sommes dans l’obligation de veiller à la sécurité de nos militants mais aussi de tenir compte de nos vaillants citoyens et nos villages qui nous offrent leur hospitalité leur leεnaya.
Nous sommes fiers d’avoir tenu notre congrès dans les conditions dans lesquelles nous l’avons tenu car nous ne sommes tributaires que de la générosité et de la protection du peuple kabyle.

Quoi qu’il en soit, tenir son congrès sous un état de siège est une entreprise qu’aucune autre organisation ne peut réussir. Si on excepte naturellement le congrès de la Soumam réussi par nos aînés.
Les difficultés que nous devions surmonter pour l’organisation du congrès étaient prévisibles. Alors pour parer à ce manque de temps, nous avons organisé cinq prés-congrès pour élaborer des projets, des résolutions et des recommandations à la hauteur des aspirations du peuple kabyle. Le gros du travail avait donc été accompli lors de ces pré-sessions ; le congrès en lui-même n’a servi en définitive qu’à entériner en plénière et solennellement des dispositions déjà approuvées.
Une commission permanente de réflexion est mise en place et plusieurs autres structures seront installées justement pour adapter le mouvement aux changements afin de relever les défis qu’imposent le combat national kabyle et surtout préparer la Kabylie de demain. Parmi ces structures, on peut citer à titre d’exemple : un Centre social et économique, un Centre kabyle de l’environnement, un Centre kabyle d’alerte et de prévention (CKAP), un Centre de recherches scientifiques kabyles (CRSK) et un Conseil consultatif kabyle.

Vous avez beaucoup communiqué sur les brèves "arrestations" dont avaient fait l’objet des militants du MAK le jour du congrès, mais le public est resté sur sa faim quant aux conclusions, décisions et recommandations du congrès…

Oui bien sûr que nous avons communiqué sur les arrestations des militants du MAK et c’est tout à fait normal de le faire, c’est l’inverse qui ne serait pas normal. Par ailleurs, communiquer sur la répression qui cible particulièrement notre mouvement est notre seul moyen de défense. La dénonciation publique et la mobilisation de l’opinion kabyle et internationale constitue notre seule garantie de ne pas être victimes d’une répression sauvage et silencieuse.

Si l’incarcération de Kameleddine Fekhar et de ses compagnons n’était pas médiatisée, cela ferait longtemps qu’ils seraient déjà morts et enterrés dans le silence total.

Enfin, je vous signale tout de même qu’il ne s’agissait pas de "brèves arrestations" mais bien d’une répression généralisée qui a mis la Kabylie sous un état de siège, empêchant des centaines de nos militants de rejoindre le congrès. De plus, ces "brèves arrestations" ont tout de même duré la journée entière sans oublier que certains ont été passés à tabac par les policiers algériens et même menacés de représailles.

La répression qu’a subie le MAK n’augure rien de bon pour l’avenir. Il faut la prendre très au sérieux au lieu de la réduire à de brèves "arrestations". Même après le congrès, des militants de notre mouvement continuent d’être harcelés, soit par des arrestations arbitraires et des interrogatoires interminables, soit par des mesures administratives visant à les dépouiller de leurs moyens de subsistance. La logique militante et engagée impose que l’on soit solidaire des militants kabyles, quels qu’ils soient, afin de contribuer à leur protection et non pas à amoindrir leur répression.

Depuis 1962, la Kabylie n’a pas connu un tel état de siège. Donc, il y a lieu de réfléchir sur le comment se préparer au pire. Je saisis cette occasion pour rendre un vibrant hommage au village d’At Zellal et à tous nos militants qui ont donné une leçon magistrale de courage, de détermination et de maturité politique au régime colonial algérien.

Concernant les conclusions, décisions et recommandations du congrès, sur lesquelles le public serait resté sur sa faim, un procès-verbal détaillé des travaux du congrès a été rendu public, du moins concernant les points qui peuvent êtres publiquement divulgués. Pour le reste, concernant certains aspects de la stratégie du Mouvement, et vous en conviendrez aisément, nous n’allons certainement pas les offrir sur un plateau d’argent à l’Etat algérien et lui permettre ainsi de nous contrecarrer. A titre d’exemple, malgré toutes les performances des services secrets algériens, le gouvernement colonial d’Alger n’a pas réussi à identifier le lieu de notre congrès. Nous sommes plus informés sur leurs intentions qu’ils ne le sont sur les nôtres. De plus, quand on fait face, sur le terrain, à un Etat criminel, sans foi ni loi, sans aucune morale et sans aucun scrupule, on se garde bien de lui communiquer publiquement ses intentions et encore moins les points essentiels de sa stratégie.

Comment expliquez-vous l’absence de structuration du MAK en France par exemple où la communauté kabyle avoisine le million ?

Le MAK n’est pas absent en France. Il y est présent à travers le Gouvernement provisoire kabyle et leRéseau Anavad qui sont en train d’accomplir un travail de qualité, comme on a pu le constater lors de la formidable mobilisation du 18 avril 2015 à Paris marquée par l’inauguration officielle du lever du premier drapeau kabyle de l’histoire devant des milliers de kabyles de la diaspora.

Je ne connais aucune autre organisation kabyle voire nord-africaine qui mobilise autant que le MAK en France, ou encore en Amérique du Nord. Cela étant dit, il y a lieu de rappeler que "certains" milieux associatifs, grassement subventionnés, excellent dans le folklore et travaillent activement à casser la mobilisation militante au profit de galas de chant, de danse, d’expositions de bijoux et d’habits traditionnels ou encore de couscous "oriental"...

Par ailleurs, concernant le Réseau militant souverainiste, sa structuration sera modifiée et renforcée prochainement afin de mieux répondre aux exigences du combat sur le terrain.

A l’issue de votre dernier congrès, vous avez affirmé que la décision la plus importante est la mise en place du Parlement kabyle en vue de la proclamation de l’Etat kabyle dans un délai de quatre ans… Que peut apporter concrètement cette idée de parlement kabyle, notamment à la société kabyle ?

Comme tout le monde sait, un parlement est un organe collégial à plusieurs rôles : un rôle de conseiller pour le pouvoir exécutif ; un rôle de législateur ; un rôle de représentant de la nation à l’étranger.
Le parlement représente les citoyens et par extension l’Etat lui-même.

Cette idée de parlement kabyle vise à restituer l’autogestion ancestrale de la Kabylie de manière à établir, à terme et de fait, un Etat proprement kabyle. Pour ce faire, la société kabyle doit évidemment être impliquée. Il s’avère justement qu’aujourd’hui, comme depuis toujours, y compris depuis la pseudo indépendance algérienne, c’est la société kabyle, notamment à travers ses comités de villages, qui prend en charge les besoins de la société à travers la réparation des routes, des fontaines, la prise en charge des malades par la mise en place d’une solidarité active. Pendant que les officiels et les apparatchiks algériens se font soigner dans les hôpitaux français, la société kabyle s’organise pour prendre en charge les malades ne pouvant être soignés en Kabylie. De même que la protection de l’environnement kabyle est prise en charge par la société kabyle qui s’organise de plus en plus. Il s’agit de structurer efficacement cette autogestion kabyle pour lui permettre une meilleure efficacité et établir une corrélation étroite et concertée entre toutes les confédérations de Kabylie.

Par ailleurs, l’idée de Parlement kabyle constitue une nouvelle étape dans l’instauration du futur Etat kabyle. Il incarnera entre autre le socle de toutes les énergies saines de Kabylie qui auront aussi à préparer les textes fondateurs de notre Etat. Ça sera un cadre légiférant qui dotera la Kabylie de lois kabyles à la place des lois coloniales algériennes. En sus de sa mission de législation et de réflexion, il va permettre aux Kabyles de sortir avec des solutions concrètes aux problèmes de la vie quotidienne comme cela vient d’être brièvement décrit. De plus, ce parlement vise à consacrer l’unité kabyle en vue de mobiliser l’ensemble du peuple kabyle pour faire face à l’arabisation, à la salafisation, à l’insécurité, à la misère socio-économique…

Est-ce que le MAK compte initier des actions d’éclat contre l’école, les tribunaux qui se comportent comme de véritables institutions coloniales ?

Pour le MAK, il ne s’agit pas seulement de mener des actions d’éclat comme nous avons pu le faire par exemple avec le déjeuner public du 3 août contre l’inquisition. Les actions d’éclat sont certes nécessaires, mais il s’agit aussi de mener des actions de fond en mettant en place, à la base de la société kabyle, des institutions spécifiquement kabyles en lieu et place des institutions coloniales algériennes. Par exemple, il est urgent de réhabiliter la médiation et les lois ancestrales kabyles qui réglementaient la société kabyle. A ce propos, nous appelons d’ores et déjà les Kabyles à boycotter les tribunaux algériens comme l’ont fait nos ainés avec les tribunaux français.

Par ailleurs, malgré la difficulté du terrain avec la surveillance et le harcèlement permanent de ses militants, le MAK travaille déjà dans le sens de la réhabilitation et de la modernisation de nos fameuses républiques villageoises qui avaient forcé l’admiration de Karl Marx. L’objectif est de favoriser le recouvrement de la souveraineté kabyle par la base.

Pour les écoles, des cadres du MAK ont déjà initié des projets intéressants en créant par exemple "Axxam n Tmusni" dans deux villages. Ils ont servi d’expériences pilote qu’il faudra généraliser à l’échelle de toute la Kabylie pour préparer l’avènement de l’école kabyle. Il est également envisagé de mettre en place un accompagnement scolaire pour désamorcer l’endoctrinement islamiste véhiculé par l’école algérienne. La diaspora kabyle, et notamment le tissu associatif, seront appelés à soutenir de manière plus conséquente ces initiatives. Des contacts sont déjà initiés dans ce sens.

Votre mouvement a eu à prendre des positions ambiguës concernant la monarchie marocaine, un autre colonialisme en territoire amazigh. Certaines positions de membres du MAK favorables à la monarchie alaouite ont choqué des Amazighs de Tamazgha occidentale qui se battent contre cette monarchie et qui se considèrent naturellement solidaires de la Kabylie. Comment expliquez-vous ces positions pro-marocaines provenant du MAK ?

Ah non, je suis désolé mais les positions du MAK ne souffrent d’aucune ambigüité vis-à-vis de la monarchie marocaine. Si votre propos vise la déclaration du président de l’Anavad à propos de la proposition de l’autonomie des régions faite par le roi du Maroc et que Ferhat Mehenni avait effectivement saluée, il y a lieu de rappeler que cette déclaration avait été faite en 2010, c’est à dire au moment où notre Mouvement était encore dans une revendication d’autonomie. De plus en dehors du Rif, il me semble qu’aucune région amazighe ne revendique, à ce jour, un statut d’autonomie. Par conséquent, il me semble que dans cette déclaration faite, je le rappelle en 2010, Ferhat Mehenni était allé bien au-delà des aspirations des Amazighs du Maroc qui revendiquent, encore maintenant, la reconnaissance pleine et entière, et par le royaume du Maroc, de leurs spécificités culturelles et linguistiques.

Ensuite, je vous défie de me citer une seule organisation politique, associative ou de défense des droits des peuples amazighs, qui ait ouvertement soutenu le Mouvement indépendantiste rifain.
En dehors du militant indépendantiste Chaoui, Yella Houha, et de l’Organisation internationale des peuples et nations non représentés (UNPO), le MAK était la seule et unique organisation politique de la large sphère amazighe à avoir répondu présent au congrès constitutif du Mouvement indépendantiste rifain... Je ne suis pas sûr que le Royaume du Maroc considère cela comme un acte de "complaisance" à son égard.

Par ailleurs, notre agence d’information Siwel s’est régulièrement faite le porte-voix des indépendantistes rifains avant qu’ils ne disposent de leur propre canal d’information. C’est encore nous qui avons relayé les mises à nu de certains agents notoires du Makhzen à la tête de partis politiques soi-disant amazighs, à l’image du fameux PAM et de Ilyes El Omari, et c’est encore nous qui avons défendu l’indépendantiste rifain Said Chaou, victime d’une véritable cabale aux Pays-Bas.

Je ne crois pas que tout ceci plaide en faveur du Makhzen et je ne crois pas non plus que cela soit considéré par le royaume du Maroc comme des actes de complaisance à son égard.

Je vais vous dire encore mieux que cela, il y a parmi ceux-là même qui nous accusent aujourd’hui de complaisance vis à vis du Makhzen, des militants amazighs qui nous ont interpellé pour nous reprocher de soutenir les indépendantistes rifains parce que, tenez-vous bien, les rifains sont des "salafistes", comme s’ils ne se trouvaient pas de salafistes parmi tous les peuples de la terre, que ce soit parmi les peuples amazighs ou tous les autres peuples, dont des peuples européens, comme les Français par exemple. Le salafisme est un fléau mondial qui n’épargne aucun peuple au monde. Il est injuste, et pour le moins suspect, de vouloir condamner le peuple rifain sous prétexte qu’il compte en son sein des salafistes.

Enfin, si votre propos fait référence à l’évocation par le Maroc du droit du peuple kabyle à son autodétermination et à la reconnaissance que notre Gouvernement provisoire lui a exprimé. Cela relève évidemment de l’action diplomatique de l’Anavad qui est parfaitement dans son rôle.

Si certains s’imaginent que le MAK et l’Anavad sont naïfs ou stupides, ils se trompent lourdement. Le Maroc s’est exprimé en faveur du droit du peuple kabyle à son autodétermination, et ce dans le cadre de ses intérêts bien entendu qu’il faut évidemment rattacher à la question de la République arabe sahraouie soutenue par l’Algérie. Le MAK et l’Anavad ont réagi dans le sens de leurs intérêts, également bien entendu, et qui visent à introduire la question de l’autodétermination de la Kabylie à l’ONU, et c’est cela qui nous intéresse. Il se trouve que c’est le Maroc qui l’a fait.

Ne pas comprendre cela et ruer dans les brancards sans même chercher à comprendre relève à mon sens de l’immaturité politique sans compter que ces braves chevaliers ne se rendent même pas compte qu’ils propagent, sans doute à leur insu, la propagande de l’Etat algérien qui désigne toujours la main étrangère venant de son voisin et frère ennemi le Maroc.

Pour ce qui nous concerne, nous ne sommes plus dans le culturalisme et la reconnaissance des langues et cultures d’origine. Cela ne nous intéresse plus depuis longtemps. Ce que nous voulons, c’est poser la problématique de l’existence de la Kabylie en tant que peuple et nation au vu et au su du monde entier, et donc poser publiquement la question du droit à l’existence du peuple kabyle dans une session de l’ONU était une aubaine que seuls des novices politiques auraient boudé.

Pour être tout à fait honnête, au vu de ce que je viens de vous énumérer, cela me fait franchement sourire d’entendre dire que le MAK a des positions pro marocaines.

A-t-on jamais entendu dire qu’Antonio Cubillo, réfugié politique en Algérie durant le règne de Boumediene, était complaisant vis-à-vis de l’Algérie parce qu’il avait lutté à partir d’Alger pour l’indépendance des Îles Canaries et ce, au moment même où, à cette époque, détenir un simple alphabet en Tifinagh valait au moindre kabyle les affres de la torture dans les geôles de Boumediene ?

A-t-on jamais entendu dire que Abdelkrim Khatabbi, pourtant fondateur de la République du Rif, était "vendu" à l’arabo-islamisme lorsqu’il était parti au Caire présider le Comité pour la libération du Maghreb "arabe" et où ses partenaires n’étaient autres que Azem Pacha et Chakib Arselane, maîtres à penser de l’arabo-islamisme algérien ?

Soyons sérieux et sortons un peu de l’angélisme et de l’infantilisme politique. Abdelkrim tout comme Cubillo, en patriotes rifain et canarien, ont réfléchi et agi dans l’intérêt de leurs nations respectives, en fonction des conjonctures historiques qui se sont présentées à eux.

Enfin, l’une des résolutions de notre troisième congrès atteste de l’exacte contraire de ce que vous avancez dans la mesure où nous travaillons à renforcer davantage les relations avec l’ensemble des peuples amazighs d’Afrique du nord, et donc des Amazighs du Maroc, et ce, afin d’encourager la fondation de gouvernements provisoires respectifs et de travailler en collaboration avec la Kabylie pour accéder à leurs droits à l’autodétermination. Je ne suis pas sûr que la monarchie alaouite, comme vous dites, qualifierait cette résolution comme un acte de complaisance.

Maintenant, si certains considèrent que travailler à favoriser la mise en place de gouvernements provisoires chez les peuples amazighs relève de la complaisance, c’est que vraiment ils n’ont aucune idée de ce qu’est la lutte politique, ni encore moins de ce que signifie l’autodétermination des peuples.

Par ailleurs, j’ai moi-même déclaré, et à maintes reprises, que le MAK ne reconnaît aucun Etat en Afrique du nord, nous réfutons même la notion de Maghreb que d’aucuns, parmi ceux qui nous chargent de ces accusations totalement infondées, utilisent allègrement alors que cette dénomination, pour le moins tendancieuse, ne vise qu’à définir le monde amazigh comme étant la partie ouest du monde arabe.

D’autre part, je défie quiconque de me citer une déclaration du MAK s’exprimant en faveur du Makhzen. Nous avons toujours considéré que tous les Etats nord africains incarnent l’impérialisme arabe dans Tamazgha et nous l’avons publiquement déclaré.
De même que nous luttons pour l’émancipation du peuple kabyle, nous avons soutenu et nous continuons à soutenir tous les peuples amazighs qui veulent aller dans le sens de leur libération, tout comme nous les avons toujours appelé à renoncer au confinement des revendications culturelles et linguistiques.

Cela étant dit, les peuples amazighs sont évidemment libres de revendiquer le statut qui leur semble être bon pour eux, ce n’est pas à nous de leur dicter leur conduite et notre devoir est de les soutenir dans leurs choix respectifs même si nous les incitons vivement à s’orienter vers le principe de l’autodétermination des peuples.

Le MAK a fortement soutenu le MNLA pour l’indépendance de l’Azawad, avant qu’il n’abandonne à son triste sort le vaillant peuple touareg avec l’accord calamiteux d’Alger. Le MAK est la seule formation politique amazighe à soutenir le Mouvement pour l’autonomie du Mzab et le Mouvement pour l’indépendance du Rif. A ce jour, nous n’avons encore jamais entendu d’organisation politique amazighe du Maroc soutenir les indépendantistes rifains.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le MAK est financé par le Maroc et Israël ?

Je serais bien tenté de répondre à l’absurde par l’absurde. Mais je vous répondrais en un seul mot : faux. D’autre part, si nous avions été financés par le Maroc et par Israël, croyez-moi l’état de nos finances ne seraient pas aussi difficile. Le MAK n’a jamais eu de soutien financier ou logistique et personne n’ignore en Kabylie les conditions lamentables dans lesquelles nous menons notre combat : un combat pacifique et civilisé face à un régime qui incarne, sous toutes ses formes, la barbarie des régimes totalitaires arabes.

D’autre part, il est bien connu que les régimes totalitaires accusent systématiquement les oppositions démocratiques d’intelligence avec l’étranger, à plus forte raison quand celles-ci revendiquent un droit légitime comme celui de l’autodétermination. La Kabylie, bastion de toutes les causes justes en Afrique du nord, n’a pas échappé à cette règle infâme.

N’ayant aucun argument en mesure de faire face à la justesse et la noblesse de notre combat, le pourvoir colonial algérien et ses appendices accusent le MAK d’être téléguidé et financé par les forces étrangères, considérées comme hostiles à l’Algérie. L’Etat algérien, maître dans l’art de la perversion, utilise l’argument d’un financement par le Maroc, Israël, la France, les USA...

En ce qui concerne Israël et le Maroc, les raisons en sont évidentes : ils exploitent les sentiments irrationnels de haine pour ces deux pays qu’ils ont réussi à inculquer aux Algériens. Les opposants kabyles, ont de tout temps été accusés de faire le jeu du Maroc, rival de l’Algérie, et d’être les agents du sionisme. Or, on connait les passions ravageuses de la rue arabe dès lors qu’il s’agit d’Israël.
Fort heureusement, cette propagande ne peut pas prendre en Kabylie mais elle a bien pris ailleurs. Peu importe, on connait la chanson en Kabylie et c’est l’essentiel.

Le MAK ne compte que sur le sens de l’engagement et la solidarité kabyle. Le peu de moyens dont il dispose provient des dons de citoyens kabyles soucieux de l’avenir et du devenir de leur patrie. Nous ne les remercierons jamais assez et je profite de cette interview pour remercier encore une fois tous les Kabyles qui nous aident à mener notre peuple vers sa libération et son émancipation.

Plusieurs des personnes qui ont quitté le MAK reprochent à la direction le manque de fonctionnement démocratique. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

Avant de répondre à votre question, je dois vous faire remarquer que le nombre de militants et d’adhérents au MAK augmente de façon spectaculaire. A mon avis, ce n’est pas parce que le MAK fonctionne de manière anti-démocratique mais plutôt l’inverse. Il est vrai cependant que quelques anciens militants ont quitté notre Mouvement mais c’était pour des divergences fondamentalement politiques et non pas pour des raisons de fonctionnement.

Je respecte leurs positions même si elles ne cadrent pas avec l’évolution de notre mouvement, portée par une écrasante majorité. Cela étant dit, depuis mon élection en 2011, nos rapports ont toujours été conviviaux et je les ai même invités à la conférence nationale kabyle que nous avons organisée à At Ouabane en 2014.

Le fonctionnement du MAK est fondamentalement démocratique et c’est justement ce qui fait son succès auprès de la jeunesse kabyle qui ne plaisante pas avec ses idéaux démocratiques. Personne ne peut contester cette vérité sauf à être de mauvaise foi. Toutes nos structures sont dotées d’une totale autonomie d’action et de décision ; c’est ce qui a permis la multiplication de nos actions et de nos activités sur le terrain. La force du MAK est justement d’avoir libéré les énergies. Le potentiel militant est libre d’agir dans le cadre du Mouvement pour peu que ces actions et son discours cadre avec la ligne politique du Mouvement. Il n’y a pas plus démocratique que cela. D’autre part, aucune décision politique n’est prise en dehors d’un large débat au sein de toutes nos sections locales. Le Projet pour un Etat kabyle (PEK), par exemple, a été débattu et amendé point par point. Cela nous a pris un temps fou mais aucun militant ne peut dire que son opinion sur la question n’a pas été entendue et discutée.

Certaines personnes pensent que quand la majorité des militants n’adhère pas à leurs idées, c’est anti-démocratique. Or la démocratie c’est justement le contraire. Quand une question est débattue et adoptée par la majorité des militants, si elle ne convient pas à certains et que leur propre perception des choses est rejetée, ils affirment alors que ce n’est "pas démocratique".

Quelle lecture fait le MAK des derniers événements qui touchent le RCD, notamment les règlements de compte entre Nourredine Aït-Hamouda et Saïd Sadi ?

Il n’y a pas d’organisations politiques qui ne connaissent pas de problèmes ou de crises. Le MAK s’interdit cependant toute ingérence dans les affaires internes des autres formations politiques. Je souhaite vivement que "ces règlements de compte" comme vous dites entre kabyles cessent rapidement car ces "déballages médiatiques" contribuent à démoraliser la militance kabyle au moment où la Kabylie réclame l’union de toutes ses forces.

Conformément au principe kabyle, je dirais simplement : a wer yili umehzul, a wer yili umeεzul. Et même si le RCD nous témoigne quelques hostilités caractérisées, nous l’invitons fraternellement à revoir sa démarche politique afin de ne pas se tromper d’ennemi. Le MAK souhaite la convergence de toutes les énergies kabyles.
Pour finir, je voudrais exprimer le souhait que quels que soient les chemins empruntés par les uns et les autres, la Kabylie, notre chère patrie, retrouve dans les meilleurs délais sa souveraineté au profit de ses enfants. Tous ses enfants.

Tanemmirt i Tamazɣa.
Afud igerrzen, teɣzi n tudert.

Propos recueillis par
Masin Ferkal.

Interview à kabyle.com le 02 Juin 2016

Kabyle.com :  Le mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, gagne de plus en plus la sympathie du peuple kabyle.  Comment êtes-vous arrivé à séduire des milliers voir des millions de kabyles à adhérer à ce mouvement  dans un pays aussi despotique, où la démocratie et les libertés d’opinion sont outragées ?

B. Ait-Chebib :  Pour lever toute équivoque ou toute autre confusion, je dois vous rappeler que le MAK n'est plus un Mouvement autonomiste, le MAK, depuis la conférence de ses cadres tenue le 24 janvier 2014, est le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Ce n'est plus du tout la même chose.
Pour  en revenir au cœur du régime algérien, aussi despotique et tyrannique qu'il soit, il n’en est pas moins déstabilisé par la nature pacifiste de notre Mouvement. Comme vous le savez le MAK agit et milite dans le cadre d'un combat résolument politique et pacifique. Le régime algérien, lui, ne sait fonctionner que dans la violence, la répression et la tyrannie. Nous nous organisons pour contourner les entraves à notre liberté d’agir. Certes, nous évoluons dans un environnement hostile aux libertés, et nous en subissions les affres, mais il n'y a pas d’obstacle incontournable quand un peuple est déterminé à protéger son existence et sa liberté. Par ailleurs, comme vous avez pu le constater ce 20 avril, le peuple kabyle a répondu massivement  présent au rendez-vous de  son histoire pour enfin se désaliéner de tous les jougs coloniaux.  Enfin, nous mobilisons parce que nous agissons selon les principes nobles de liberté, de justice et d'égalité. Le peuple kabyle ne peut pas s'accommoder d'une existence de servitude et de soumission. Une telle situation n'est pas supportable pour le peuple kabyle, attaché plus que tout à son identité, à sa liberté, à sa dignité. Or, il se trouve que seul le MAK mène ce combat de dignité et de liberté, non seulement pour la Kabylie, mais aussi, par extension, pour tous les peuples amazighs qui veulent se libérer du joug colonial et qui songent enfin à réaliser leurs destins en tant que peuples et nations amazighs. C'est un droit légitime reconnu par l'ensemble des Etats membres de l'ONU, dont l'Algérie; et ce droit garantit le droit des peuples à disposer d’eux même. ...voilà pourquoi le MAK mobilise.

Les Kabyles sont partagés entre l'autonomie et l’indépendance. Certains rejettent complètement  l’idée de ce projet d’autres appréhendent l’avenir de la Kabylie. Qu’en dites-vous ?

Qu’il y ait des Kabyles qui rejettent toute idée de distance et de liberté vis-à-vis du régime colonial d’Alger, foncièrement arabo-islamiste et viscéralement anti-kabyle, il doit certainement y en avoir mais à mon avis, il y en a vraiment très  peu.  D’ailleurs, ce sont ceux sont-là qui, dans leur propre village, soutiennent avec  zèle la politique néocoloniale du pouvoir arabo-islamique d’Alger, le plus souvent contre quelques avantages financiers ou administratifs. Mais, vous savez, il est de plus en plus évident que le peuple kabyle adhère massivement à la démarche du MAK. C’est tellement visible que le pouvoir algérien commence sérieusement à s’agiter sur son trône colonial. C’est même le branle-bas de combat pour ainsi dire: les marionnettes politiques sont actionnées pour provoquer  ou carrément attaquer le MAK, les militaires algériens, à travers des général-major, menacent dans des discours public de sévir contre le MAK.  Et pourtant, malgré une féroce propagande anti-MAK, le Mouvement ne cesse d’attirer vers lui les kabyles. Vous savez pourquoi ? Parce que la question kabyle constitue une question légitime. Elle se défend à tous les points de vue du droit international. Ensuite, le MAK est inattaquable tant du point de vue des moyens d’actions qu’il utilise que de la légitimité de ses objectifs, il mène un combat noble et pacifique qui vise à réconcilier un peuple avec son Histoire, à le sortir du colonialisme, de la servitude et du mépris de soi. Cela le peuple kabyle l’a compris et il y adhère. Bien sûr, les KDS sont aux premières loges dans le travail de sape vis-à-vis de l’extérieur, parce que, en Kabylie par contre, personne n’est dupe… Ces KDS sont affublés de titres de premier ministre, de chef de cabinet de Bouteflika ou de ministre des sports, avec tous un seul et unique rôle : faire le Kabyle de Service ; le tout dernier indice en date quant à leur fonction première est que c’est le ministre des sports (et non le ministre de la culture) qui  décerner des prix aux artistes kabyles lors de cérémonies culturelles à Tizi-Ouzou et c’est le premier ministre algérien ((et non le ministre de la culture)  qui fait l’ouverture des rencontre de l’ONDA pour défendre les droits d’auteurs des artistes algériens… Pendant ce temps-là, le ministre algérien de la culture lui est dans son rôle, il organise par exemple des  évènements de type « capitale de la culture arabe »  sur les territoires ancestraux des peuples Amazighs... Bref, pour ce qui nous concerne, nous savons ce que nous voulons et nous sommes convaincus d’être dans le sens de l’Histoire, laquelle nous a d’ailleurs toujours appris que les combats justes finissent toujours, un jour ou l’autre, par aboutir ; et ce, quels que soient les obstacles auxquels il faudra faire face pour y arriver. Et cela je crois que le peuple kabyle, dans son écrasante majorité,  l’a compris comme il  a compris qu’il n’y a aucune autre issue pour la Kabylie en dehors de disposer de son propre Etat. C’est le seul moyen de réhabiliter son histoire, sa culture, sa langue, son identité et sa souveraineté pour édifier à ses enfants un avenir de dignité, de liberté et de prospérité. Concernant la question des autonomistes  et indépendantistes kabyles. Pour ce qui concerne la structure, nous avons définitivement réglé le problème en faisant le choix de suivre la voie de l’autodétermination comme moyen d’action du point de vue du droit international et comme aboutissement en Kabylie, avec comme objectif commun, consensuel, la mise en place d’un Etat kabyle. Cet Etat sera «autonome » ou « indépendant », selon le verdict des urnes par lesquelles le peuple kabyle, dans sa totalité, se sera librement exprimé. La décision finale sur la nature du futur Etat kabyle revient exclusivement au peuple kabyle. C’est lui seul qui décidera par la voie des urnes du statut d’autonomie ou d’indépendance de l’Etat Kabyle. Sur le terrain, tous les militants, autonomistes ou indépendantistes, ont régulièrement l’opportunité de défendre leurs options et leurs points de vue sur la question. La ligne politique du Mouvement est l’autodétermination et chacun peut défendre ses options dans le cadre de l’objectif commun de mise en place d’un Etat kabyle. Ensuite, c’est aux défenseurs des deux options d’argumenter et  de convaincre les citoyens de voter pour telle ou telle option car au final c’est le peuple kabyle qui aura le dernier mot pour statuer souverainement sur la nature de l’Etat kabyle, et ce dans le cadre légal du référendum d’autodétermination.

Dans votre mouvement on trouve aussi bien des autonomistes que des indépendantistes et mêmes des confédérés. Quel est la ligne directive exacte de l’état-major du Mak ?

Cette question rejoint la précédente. Les protagonistes de toutes les sensibilités peuvent démocratiquement s’exprimer dans les instances du MAK, y défendre et promouvoir leurs options pour peu qu’ils agissent dans le cadre du respect des résolutions adoptées par le Congrès. La ligne politique du Mouvement est d’aboutir à un référendum d’autodétermination du peuple kabyle qui lui seul déterminera la nature autonome ou indépendante du futur Etat kabyle. C’est on ne peut plus clair. Pour ce qui est de l’Etat-major du MAK, c’est exactement la même chose : Il y a une seule et même ligne directrice pour tout le monde : le référendum d’autodétermination. Ensuite le peuple kabyle, qui aura été convaincu par l’une ou l’autre des options décidera souverainement. Il ne reste plus qu’à convaincre…

Il parait difficile de rassembler toutes les tendances pour le même combat.  N’est-ce pas ?

La preuve que ce n’est pas impossible c’est que nous avons réussi à le faire. Il suffit de miser sur le bon procédé, d’avoir le sens de la diversité  et de respecter l’opinion de l’autre. Si nous n’avions pas opté pour le principe commun du droit à l’autodétermination, il est probablement certain que nous aurions abouti à une scission. Le MAK a su trouver la formule idéale pour rassembler les militants kabylistes en laissant le choix au peuple de choisir, il n’y a pas plus loyal et démocratique. Une formule idéale qui convient parfaitement à la culture kabyle. Aucun kabyle se définissant comme démocrate ne peut être contre ce principe qui consacre la souveraineté des peuples, donc la démocratie.

A votre avis que demandent les militants ?

Les militants Kabyles ne demandent qu’à défendre leurs idées dans un cadre clairement défini. Ils veulent lutter pour leur patrie, ils veulent s’engager et militer pour la Kabylie, mais ils ont besoin de confiance et le MAK a l’immense avantage de ne souffrir d’aucune ambiguïté, ni vis-à-vis du régime colonial algérien ni vis à vis de  sa progéniture islamiste. Aucun des deux ne risquera jamais de faire partie des «partenaires politiques» du MAK, et en terme de confiance, vu le passé récent de la Kabylie, ce n’est pas peu ! Voilà ce que veulent les militants. Une fois qu’ils ont ça, qu’ils sont sûrs de ne pas être floués, instrumentalisés pour préparer un ministère  arabo-islamique à tel ou tel politicien kabyle, là ils s’engagent corps et âme. Je saisis cette opportunité pour saluer leur engagement désintéressé et indéfectible sur le terrain en étant armés de leur seule force de conviction face à un régime colonial  qui les diffame, les affame et les réprime.

Le Mak est la première puissance politique incontestable en Kabylie. Quelle est sa force ?

La force du MAK réside d’abord dans son projet qui s’inscrit dans une totale rupture avec les visions algérianistes qui nous ont conduits à cette situation où la Kabylie est menacée de mort. La clarté de son discours qui est franc, direct et rassembleur a pu redonner confiance et espoir au peuple kabyle qui a connu trop de déceptions. Sa présence en permanence sur le terrain a démontré que rien ne pourra altérer sa détermination et ce malgré tout ce qu’il subit comme boycott médiatique, diffamation, intimidation et répression.  Le fait que le MAK a décidé dès sa création à ne prendre part à aucune élection algérienne joue en sa faveur au moment où la confiance a été rompue entre la Kabylie et « ses élus » qui n’avaient même pas osé démissionner en 2001 pendant que le régime antikabyle, auquel il servait de caution démocratique, tirait sur nos enfants avec des balles explosives.  Les forces du MAK que je viens d’énumérer n’auraient jamais pu exister sans la détermination et l’engagement sincère de ses militants qui sont des exemples rassurants de patriotisme. Ils militent pour une Kabylie libre loin de toute ambition carriériste.

Quel commentaire faites-vous pour ceux qui vous accusent d’extrémisme, de xénophobie,  d’anti nationalisme, de relais de certaines puissances étrangères  voir de barbouzes ?

Ce que subit le MAK comme diffamation et diabolisation dénote qu’il est le cœur de la vie politique en Afrique du nord. C’est justement parce que son combat est noble et juste que les ennemis de la liberté le qualifient de tous les noms et de tous les maux. Qu’on nous explique en quoi nous sommes extrémistes ? Est-ce que c’est nous qui agressons les gens pour qu’ils adoptent de force notre langue, notre culture et notre identité ? Est-ce que nous les assassinons ? Le xénophobe est celui qui  ne supporte pas l’existence de l’autre, pour l’heure, l’ostracisme c’est le kabyle qui le subit et non l’inverse alors si xénophobe il y a, il est dans toutes les instances de l’Etat algérien. Nous sommes anti nationalistes de quoi ? De la nation arabe en Afrique du nord ? Alors là Oui nous sommes contre cette nation qui n’existe d’ailleurs pas ; et si d’autres veulent s’y construire ou s’y désintégrer, qu’ils ne nous imposent pas de nous dissoudre avec eux. Ils sont libres de le faire mais pas de nous l’imposer. Pour être anti nationalistes, il faut qu’il y ait nation, or, il n’y a pas de nation algérienne. Notre patrie et notre nation sont la Kabylie. Quant à être à la solde de l’étranger, ça n’a rien de nouveau. Cela étant dit, ce n’est pas nous qui imposons une langue et une identité étrangères venues conquérir  l’Afrique du Nord  au détriment de celle des véritables autochtones. En tous cas, le terrain kabyle est là pour démentir toutes ces sornettes. L’extrémisme consiste justement à qualifier ceux qui ne partagent  pas ses opinions d’extrémistes et les priver de s’exprimer. Le MAK qui a tenu son congrès sous un Etat de siège marqué par une vague d’arrestations de ses militants est victime de l’extrémisme de l’Etat algérien qui ne supporte pas que des kabyles se définissent comme tels. Le MAK est également victime de l’ensemble de la classe politique algérienne qui fait dans la défense sélective des droits humains.  Le MAK respecte toutes les opinions. D’ailleurs il est la seule organisation politique quand elle organise une conférence-débat ne filtre pas la liste des intervenants pour manipuler le débat. Nous donnons la parole à tous le monde et nos réponses n’ont jamais été injurieuses, elles se basent sur la force de nos arguments tout en insistant sur le fait que nous ne détenons pas le monopole de la vérité et s’il existe une autre alternative que la nôtre, elle est la bienvenue, pour vu que la Kabylie se pérennise dans la liberté et la prospérité.  Le MAK s’inspire des valeurs ancestrales kabyles qui reposent sur le respect de l’autre et laânaya. De ce fait, la  xénophobie est l’antithèse de ses principes. Pour preuves, les centaines de réfugiés africains et syriens qui affluent en Kabylie sont bien traités par les citoyens kabyles ce qui n’est pas le cas ailleurs dans les différentes régions d’Algérie. Le GPK a bien demandé aux élus kabyles de saisir les instances internationales afin de trouver le meilleur moyen de prendre en charge ces réfugiés. Un geste de haute valeur politique qui dénote la générosité kabyle.

Le MAK a fait de la solidarité avec les peuples opprimés qui luttent pour leurs droits politiques un principe non négociable. Ce qui confirme, si besoin est, que le MAK est un mouvement ouvert sur l’universalisme et aspire à contribuer à travers l’avènement d’un Etat kabyle, libre, laïque et social à l’édification d’un monde de paix et de fraternité.   Le nationalisme consiste à  défendre sa nation. Pour ceux qui nous accusent d’anti-nationalistes, la nation kabyle n’existe pas et rien ne peut exister en dehors d’Oumma Arabia. Donc tous ceux qui refusent de se diluer dans cette Ouma inventée  et virtuelle sont traités d’antinationalistes. Je  rappelle à ces impérialistes que nous n’avons pas d’autre nation que la Kabylie. Et rien n’arrêtera la marche du peuple kabyle vers sa libération. Ils doivent s’y faire.  Dans tous les régimes totalitaires et coloniaux, les patriotes sont accusés de relais de puissance étrangère. L’Algérie n’a pas dérogé à cette règle et ça ne date pas du MAK ; Des berbéristes de 1949 au MAK, en passant par le FFS, le MCB, le RCD, les Archs, les kabyles ont toujours été accusés de Hizb Fransa par le régime raciste d’Alger.  La réalité est que les vrais décideurs en Algérie sont ailleurs  et non pas en Algérie. Les Bouteflika et les Toufik ne sont que des agents exécutants des vrais décideurs. L’Algérie est mal placée pour parler de relais au service des puissances  étrangères étant donné qu’elle  est une création coloniale et qu’elle est dépourvue de souveraineté et comme preuve : tout le monde sait que c’est la CIA qui a démis le chef du DRS de ses fonctions.   Chercher des soutiens sur le plan international pour la cause kabyle n’est pas seulement un droit mais un devoir patriotique pour le MAK et le GPK. Nous le faisons au vu et au su du monde entier car notre démarche ne travaille que les intérêts de la Kabylie contre justement un régime algérien à la solde des anciennes puissances coloniales.
En conclusion, le MAK ne compte que sur le peuple kabyle qui finira tôt ou tard par se libérer de la chimère historique qui s’appelle : l’Algérie.
Le MAK est devenu un antagoniste incontournable du pouvoir militaire Algérien. Vous lui faites peur non ?
Le MAK a le soutien de la Kabylie. C’est ce qui fait peur au pouvoir militaire algérien qui est bien conscient du fait que le processus de  libération de la Kabylie est irréversible. Il tente de gagner du temps car il sait mieux que quiconque qu’aucune puissance militaire ne peut arrêter un peuple qui a décidé de se libérer. Pour le pouvoir militaire algérien, la liberté du peuple kabyle est inéluctable et entraînera forcément sa chute et la reconfiguration politique de l’Afrique du Nord.

Votre mouvement s’internationalise plus d’avantage. Est-il  un atout pour votre projet d’autodétermination ?

A la création du GPK le 1er juin 2010, le MAK a mis le cap sur l’internationalisation de la question kabyle afin de gagner en visibilité et forcer l’admiration des consciences universelles en vue de se solidariser avec son combat.   Pour donner plus d’atouts et de force à l’action diplomatique menée par l’Anavad, nous avons opéré un saut qualitatif en passant de l’autonomie à l’autodétermination pour inscrire la question kabyle dans le cadre du droit international.   Depuis, la question kabyle s’internationalise davantage ce qui travaille en sa faveur. Dans toute démarche libératrice, le soutien de la communauté internationale est important. Le cas du MNLA qui a libéré l’Azawad sans pouvoir concrétiser son projet d’indépendance est plus qu’édifiant. Cette internationalisation nous a permis de faire connaître la Kabylie et son combat et surtout de sortir du huit-clos avec l’Algérie qui redoute justement ce soutien international et ça se vérifie dans l’intervention de son représentant à l’ONU qui a du mal à répondre à une journaliste sur une question relative à la Kabylie.  Ceci-dit, l’internationalisation de la question kabyle se nourrit de la formidable mobilisation du peuple kabyle aussi bien à l’intérieur que dans la diaspora. Le 20 avril dernier a donné un vrai coup de pousse au GPK et a fait trembler le régime colonial algérien.

La quasi-totalité  de vos  militants sont issus de la communauté universitaire. Comment le MAK a pu s’implanté dans ce milieu cérébral et pourtant très surveillé et contrôlé par la police politique ?

Le MAK est présent dans toutes les couches sociales comme le confirme la formidable mobilisation du 20 avril dernier et les différentes coordinations installées dans les villages et les villes.  La communauté universitaire est considérée dans le monde comme le moteur de toutes les révolutions. Les étudiants kabyles n’ont pas dérogé à cette règle en reprenant le flambeau de leurs aînés qui ont été les pionniers de la cause identitaire en 1949 et les véritables éclaireurs de consciences en 1980. Le MAK se félicite du fait qu’il contient dans ces rangs un nombre important d’étudiants et le mérite revient d’abord à son projet révolutionnaire qui motive la communauté universitaire et surtout au travail accompli par ses conseils universitaires qui ont su transmettre un message de vérité, d’espoir et de liberté sans moyens mais avec beaucoup de détermination et de sincérité.  Je leur rends un grand hommage à travers vos colonnes.

Vous êtes dépourvus de tous les moyens juridiques, démocratiques et de liberté  et que vous arrivez à passer votre message au peuple kabyle. Comment faites-vous ?   

Ne reconnaissant pas l’Etat colonial algérien et ses institutions, le MAK ne demande jamais d’autorisation pour tenir ses activités. Loin des salons  et les salles officielles, le MAK investit directement la rue  pour être avec les citoyens. Un travail de proximité est mené de façon permanente à travers des réunions, des rencontres citoyennes, des meetings … Les autorités algériennes tentent  de nous empêcher mais en (vain) grâce à la mobilisation des populations locales qui ont soif d’un discours de vérité et d’une vision nouvelle pour se débarrasser du colonialisme arabo-islamique de l’Algérie.  Notre message passe car on va vers le citoyen lui expliquer notre démarche avec des mots simples en kabyle. Le citoyen kabyle qui a toujours été  marginalisé a trouvé en le MAK un cadre où il est valorisé et écouté et surtout que le MAK insiste sur le fait que le dernier mot revient au peuple kabyle pour trancher sur son avenir.

La marche du 20 avril dernier a été un triomphe pour le MAK. Un commentaire ?

Les marches du 20 avril à Tuviret, Vgayet, Tizi Wezzu, ainsi que la marche du 17 avril en France et le rassemblement du 16 avril au canada ont constitué une sorte de référendum où le peuple kabyle s’est exprimé en faveur de sa liberté donc de l’instauration de son propre Etat.  L’heure de la victoire est très proche ce qui a provoqué une panique générale au sein du régime algérien qui a lâché sa meute pour nous dénigrer.  Quand un régime recourt à la répression, à la diffamation, à l’instrumentalisation des organisations de masse et des jeunes désœuvrés, cela signifie tout simplement que sa fin approche plus vite qu’il ne le croyait.  Désormais, le peuple kabyle est sur la voie de sa libération. Rien ni personne ne peut l'arrêter.

Les médias Algériens vous traquent sans aucune indulgence. Que répondez-vous à ces derniers ?

Plus ils nous dénigrent, plus on gagne en crédibilité et en force. Leurs attaques démontrent tout simplement que nous sommes près de la victoire.

Le patron du groupe Cévital est devenu ces derniers jours, l’ennemie number one du pouvoir. Le MAK soutien l’homme d’affaire controversé. Peut–on savoir les raisons qui vous poussent à soutenir ce grand argentier, un produit typique du système opaque ?… Est-ce une stratégie politique ou bien parce qu’il est tout simplement kabyle ?

On va dire que le MAK est dans une démarche de "patriotisme économique". De ce fait, il défend les investisseurs qui choisissent d’investir en Kabylie, donc Rebrab aussi. Mais  par son anti-kabylisme, le gouvernement algérien fait tout pour  appauvrir le peuple kabyle en pratiquant une politique de contre-développement, notamment en faisant fuir les investisseurs au moyen de la terreur (kidnappings) et du terrorisme bureaucratique. Le MAK ne fait pas de Rebrab une fixation. Quand ce dernier  ou un autre opérateur économique installe ses usines en Kabylie, le gouvernement algérien fait tout pour les obliger  à fermer leurs  entreprises  ou à les délocaliser dans le seul but d’affamer le peuple kabyle. Une usine fermée aura des conséquences néfastes sur des centaines de travailleurs qui se trouveront sans gagne-pain. Donc on ne peut pas se taire devant des situations pareilles.  Et c’est dans cette optique que nous soutenons  tous les investisseurs y compris Rebrab qui créent des emplois en Kabylie.   Par ailleurs, selon les déclarations de Rebrab au journal « le monde », les affaires qui l’opposent au clan de  Bouteflika, comme l’affaire du rachat d’El Khabar, ne relèvent pas de l’anti-kabylisme; Par conséquent le MAK et la Kabylie n’en sont pas concernés. La lutte des clans qui fait rage au sommet de l’Etat algérien est une affaire algérienne et non pas kabyle.  Je saisi néanmoins cette opportunité pour m’indigner du fait que Rebrab aurait du investir les 400 milliard qu’il consacre pour "racheter El Khabar" dans la promotion de notre culture comme la création de journaux en Kabyle (il n'existe aucun journal en kabyle). Enfin, il serait souhaitable que Rebrab cesse de nourrir les journaux anti-kabyles comme Ennahar, Echourouq, El bilad etc en les alimentant de ses publicités car, comme Ennahar n'a pas manqué de se retourner contre lui  à la première discorde, les autres feront de même ...

Pourriez-vous nous parler de la création du prochain parlement kabyle ?

Après avoir mis sur pied un gouvernement provisoire kabyle, une carte d’identité, un drapeau, il est plus que nécessaire de parachever cet édifice institutionnel par un parlement kabyle pour poser les fondements du futur Etat Kabyle.  Comme tout le monde sait, un parlement est un organe collégial à plusieurs rôles : un rôle de conseiller pour le pouvoir exécutif ; un rôle de législateur ; un rôle de représentant de la nation à l’étranger.  Le parlement représente les citoyens et par extension l’Etat lui-même.
Cette idée de parlement kabyle vise à restituer l’autogestion ancestrale de la Kabylie de manière à établir, à terme et de fait, un Etat proprement kabyle. Pour ce faire, la société kabyle doit évidemment être impliquée. Il s’avère justement qu’aujourd’hui, comme depuis toujours, y compris depuis la pseudonyme indépendance algérienne, c’est la société kabyle, notamment à travers ses comités de villages, qui prend en charge les besoins de la société à travers la réparation des routes, des fontaines, la prise en charge des malades par la mise en place d’une solidarité active. Pendant que les officiels et les apparatchiks algériens se font soigner dans les hôpitaux français, la société kabyle s’organise pour prendre en charge les malades ne pouvant être soignés en Kabylie. De même que la protection de l’environnement kabyle est prise en charge par la société kabyle qui s’organise de plus en plus. Il s’agit de structurer efficacement cette autogestion kabyle pour lui permettre une meilleure efficacité et établir une corrélation étroite et concertée entre toutes les confédérations de Kabylie.
Par ailleurs, l’idée de Parlement kabyle constitue une nouvelle étape dans l’instauration du futur Etat kabyle. Il incarnera entre autre le socle de toutes les énergies saines de Kabylie qui auront aussi à préparer les textes fondateurs de notre Etat. Ça sera un cadre légiférant qui dotera la Kabylie de lois kabyles à la place des lois coloniales algériennes. En sus de sa mission de législation et de réflexion, il va permettre aux Kabyles de sortir avec des solutions concrètes aux problèmes de la vie quotidienne comme cela vient d’être brièvement décrit. De plus, ce parlement vise à consacrer l’unité kabyle en vue de mobiliser l’ensemble du peuple kabyle pour faire face à l’arabisation, à la salafisation, à l’insécurité, à la misère socio-économique… Le projet est en débat. Des groupes de travail sont déjà à pied d’œuvre.

Votre dernier mot ?

Tanemmirt i Kabyle.com. Ad yidir uγlan aqvayli s tdukli di tlelli.

Entretien exclusif réalisé par Balak.A pour Kabyle.com

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