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| Jeudi, 11 Février 2010 18:56 | |||
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Le rêve inconcevable
Par Y. CHERAIOU « S'il s'agit d'une action raisonnable bénéfique à la vérité et à la justice, on ne doit pas se décourager et plus on rencontre d'obstacle plus on doit raffermir son courage et faire des efforts.
Tels est la conduite du sage. » Tibetan Shakyan Bhikshu Dalaï Lama, Tenzin Gyatso L'identité individuelle peut se perdre dans un ensemble d'appartenance idéologique, ethnique ou même sociologique, par manque de conscience ou par consistance d'éléments étrangers. A ce stade de perdition la relève ou la révolte ne peut malheureusement pas atteindre la phase de réhabilitation identitaire.
L'identité collective quant à elle, ne peut se diluer ni dans le temps ni dans l'espace, du fait de sa force collective, du sentiment d'appartenance à un ensemble de valeurs et la volonté de s'y attacher. Les dangers de déstabilisation ne sont que minimes et temporaires à condition de ne pas abdiquer. Une transposition basique de cette réflexion sur le peuple kabyle harassé par les conquêtes les plus anciennes passant par l'envahisseur arabe au colonialiste français, démontre à mon sens, que la conscience du peuple kabyle était jusqu'à la fin du 20ème siècle une conscience quasi-individuelle ou une sorte de conscience collective en hibernation, à l'exception de 4 événements déterminants et fulgurants, de résistance, de militantisme et le sentiment d'appartenir à un destin commun. Il s'agit d'abord du printemps berbère 1980. Après la défaite militaire qui a opposé la Kabylie au gouvernement illégitime de Ben-Bella, il a fallut attendre 1980, pour que le régime algérien raciste se voie vaciller devant la révolte du peuple kabyle. Une révolte politico-revendicative est survenue comme une réponse décisive à l'interdiction d'une conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle à l'université de Tizi-Ouzou. Malheureusement, quelques années plus tard Da Lmouloud meurt dans un accident de voiture, dit-on ! Le boycott scolaire : Une jeunesse, un défi. Ensuite vient l'incontestable boycott scolaire, initié par le MCB (Coordination nationale) sous la présidence de M. Mehenni Ferhat ou le maquisard de la cause kabyle, toute une génération qui a pris sur ses épaules le devoir et la lourde tâche de résistance à la tyrannie offusquant notre droit à exister en tant que peuple. Le boycott scolaire 1994 est pour moi, et sûrement pour beaucoup d'autres qui ont eu l'honneur de participer à cette magistrale preuve de résistance, toutes générations confondues, une fierté en soi! Le mérite du boycott scolaire réside dans le fait qu'il nous a démontré qu'une langue ne peut trouver sa promotion qu'entre les mains de ses héritiers légitimes et naturels. Bien que le régime algérien ait été contraint de créer le Haut Conseil pour l'Amazighité (HCA) et d'intégrer des cours de tamazight à l'école, il n'en demeure pas moins que le problème est loin d'être résolu, bien au contraire. Avec la création de cet HCA, le régime algérien a pris en otage les langues amazighs, y compris la langue kabyle, dans un organisme qui est le sien, donc un organisme à l'aspect dictatorial, qui dépend directement de la présidence. Un otage ne peut attendre de la compassion de son ravisseur, si ce n'est de la haine et de la torture. En 1978, le parlement marocain, sous le règne de Hassan II, avait voté la création d'un organisme similaire au HCA. Aucune suite n'a été donnée à ce projet. Il a fallut attendre juillet 2001 sous la pression de la révolte kabyle, et l'angoisse du royaume Chérifien à d'éventuelles répercutions de cette révolte sur la stabilité du royaume arabo-islamique, pour que Mohamed VI crée l'Institut National pour les études berbères, préférant la stratégie à la répression. Si aujourd'hui notre conviction est sans vanité quant à l'autonomie de la Kabylie, c'est parce que les expériences comme le boycott scolaire me semblent des éléments incontournables qui doivent intéresser les plus réticents d'entre nous et les impliquer dans un combat qui est, par nature, le leur. Dans un seul but qui est le droit du peuple kabyle à une restitutio in integrum1 de sa souveraineté et de sa liberté longtemps séquestrée. En effet, au-delà de la participation totale de la Kabylie dans cet énième combat pour la reconnaissance officielle de tamazight comme langue de tous les peuples amazighs vivants en Algérie, est aussi une démarche révolutionnaire qui n'a pas d'équivalent dans le monde. Néanmoins, une question se pose de fait et en toute objectivité : La réponse à ces questions est aussi naturelle que la nature des soulèvements de la Kabylie. L'adhésion à un combat nécessite une cause commune, or la cause du peuple kabyle n'est pas celle de tous les Algériens, en d'autres termes tous les Algériens ne sont pas kabyles. Libre à chacun d'entre nous de faire sa propre conclusion. L'assassinat de Matoub : La malédiction kabyle : « Un soldat mort ne peut plus servir une révolution », une phrase qu'un grand homme m'a dit, en évoquant avec lui, les risques qu'engendre un combat face à la dictature dans toutes ses formes. En mai 2008, la mairie de Paris avec à sa tête M. Delanoe, a inauguré une rue sur Paris à la mémoire d'un Matoub étranger à son peuple et à son combat pour la Kabylie, puisque, pour M. le maire de Paris, Matoub est « un poète et chanteur algérien d'expression berbère, assassiné en Kabylie. Ce scandale qui équivaut à un second assassinat de sa mémoire, une opacité incroyable pour ses assassins et surtout, un hommage mal placé et loin d'être mérité pour des algériens qui ne se reconnaissent point dans le combat de Matoub, n'a fait bouger aucune organisation ni association ni même la fondation qui porte son nom, pour dénoncer le mensonge et la capitulation de l'Etat français au déni que le régime algérien maintient et entretient à l'égard de tout ce qui est kabyle mort ou vif. Le MAK fidèle à son serment de veiller sur la Kabylie et les Kabyles, avait dénoncé cette énième falsification de l'histoire contre le peuple kabyle dans une déclaration qui a été distribuée le jour même de l'inauguration de la rue 2. Le régime algérien a sans doute pris goût à assassiner nos hommes et ce depuis Abane jusqu'à l'intrépide Ameziane, reste à savoir si le peuple kabyle a pris l'habitude de sa déchéance? Ou bien est-ce l'interminable malédiction kabyle à sacrifier ses enfants éternellement? "DDWA-S AD NCERREG TAMURT". Une grande partie de ces questions trouveront sûrement la réponse, dans une méditation impérative par les Kabyles de cette phrase issue de l'album testament de Matoub. Le combat de Matoub et de toute âme kabyle assassinée pour que nous vivions kabyles et dignes, est notre héritage incontestable, à la seule condition de le perpétuer. Aucun régime ni aucune barrière de briques ou de pierres peut nous détourner de notre but ultime celui d'une Kabylie libre. Le printemps noir : Un peuple mis à l'épreuve. La tragédie de juin 1998 embrase la Kabylie, la plongeant dans le deuil et l'indifférence des algériens, pour qui la mort d'un kabyle est un non-événement, malheureusement le pire restait à venir. Juin 2001, visiblement le mois préféré du régime algérien, pour ouvrir la chasse aux kabyles. Un bilan lourd, 128 morts, des milliers de blessés. Il est inutile de revenir sur les circonstances et les raisons réelles de la révolte qui sont connues par le peuple kabyle. Il s'agit ici, de mettre en évidence un élément de taille qui ne peut être occulté ou sous-estimé. Bien que la répression du régime de Bouteflika ait été ravageuse, la Kabylie en adaptant une posture de légitime défense, a fait preuve de courage, de dignité et surtout une volonté de non-soumission et de ne jamais s'avilir. Dans cette douleur qui est en fait une succession de malheurs et ce depuis la perte de la souveraineté du peuple kabyle face au colonisateur français en 1871 à la perte de confiance vis-à-vis du régime algérien en 1962, que le Mouvement pour l'Autonomie de la Kabylie a vu naissance. L'autonomie de la Kabylie : L'inconcevable rêve. Un regard rétroactif sur notre combat en tant que kabyles s'impose. Pour mieux comprendre, les sacrifices indus et l'impossible aboutissement de toutes tentatives kabyles dans un cadre national, visant à tirer l'Algérie du gouffre dans lequel elle s'est enlisée à une vitesse spectaculaire. L'échec des kabyles est lié sans doute à l'absence d'une adhésion totale des algériens à leur combat politico-social. Même si, les Kabyles ont sacrifié l'élément le plus important qui est leur kabylité et le fait qui forme un peuple, sombrant dans l'oublie. Les Algériens, eux, se souviennent indubitablement qu'ils ne sont pas kabyles. Il n'est pas question ici d'alimenter un quelconque rejet des autres, bien au contraire, il me semble opportun de démontrer qu'il existe en Algérie des peuples et par conséquent, il existe des adhésions des peuples et non l'adhésion d'un peuple. Ce qui explique pourquoi les formations politiques kabyles n'ont pu associer que la Kabylie à leur cause. . Il est de notoriété que les batailles sont gagnées par les mieux préparés. La Kabylie a évoluée jusqu'au printemps noir dans une posture réactionnelle, l'empêchant ainsi de réaliser un projet porteur, laissant au régime le temps de détourner et finalement d'étouffer toute initiative. Malheureusement les Kabyles n'ont d'autre choix que celui d'assumer leur Res perit domino 3 et leur échec. Une condition sine qua non pour aller de l'avant. Le statut d'autonomie régionale pour la Kabylie, comme il est proposer et défendu par le MAK, est à la fois un espoir inattendu et une démarche actionnaire résultant d'une sérieuse réflexion quant au combat politique engagé par les Kabyles. Un combat politiquo-révolutionnaire débuté en 1926, marqué par la crise berbériste de 1949 - qui est en réalité le prélude d'une guerre sans merci à l'encontre de la Kabylie - atteignant son apogée au printemps noir 2001. Le rêve, bien qu'il soit toujours satisfaisant, demeure improbable. Or, toutes les exactions commises par le régime algérien à l'égard du peuple kabyle relève d'une réalité dure. Il reste un sentiment d'amertume au peuple kabyle, qui a tout donné pour que l'Algérie recouvre son indépendance. Les assassinats de Abane Ramedane et de Krim Belkacem sont des crimes bien réels ! En conclusion, il est inconcevable que le projet pour l'Autonomie de la Kabylie soit un rêve. Bien au contraire, c'est une réalité qui porte en elle le dernier espoir qui reste, pour que la Kabylie et son peuple vivent. Y. CHERAIOU 1.Formulation latine utilisée dans le domaine juridique signifiant : Restitution en entier.
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